Fil rouge
L’antienne d’ouverture nous donne le ton de la liturgie en ce 16ème dimanche du temps ordinaire : « Voici que le Seigneur vient m’aider ! » La première lecture ainsi que le psaume 22(23) nous délivrent le même message, à travers l’image - très biblique - du Dieu-Berger. Mais si l’atmosphère du Psaume est particulièrement paisible et apaisante, il n’en est pas ainsi de l’extrait du prophète Jérémie : c’est un Dieu courroucé qui s’adresse aux mauvais bergers de son peuple, et qui leur promet de « s’occuper » de ceux qui ne se sont guère préoccupés des brebis qu’il leur avait confiées. Le ton n’est cependant menaçant que pour « les misérables bergers qui laissent périr et se disperser les brebis du troupeau » ; un sort particulièrement enviable en résulte tout au contraire pour les brebis, puisque Dieu lui-même « rassemblera le reste de ses brebis » par la médiation de pasteurs selon son cœur qui les conduiront. Le dernier verset de la prophétie passe des pasteurs (au pluriel) à l’unique Roi-Berger, qui « exercera dans le pays le droit et la justice » après avoir réunifié Israël et Juda. Ce thème du rassemblement des frères ennemis, étendu à l’opposition entre Israël et les païens, est au cœur du passage de la lettre aux Ephésiens qui nous est proposée. Ici apparaît clairement que ce Roi-Berger n’est autre que le Christ Jésus. Celui-ci accomplit mystérieusement son ministère de rassembleur et de pacificateur par un sacrifice : l’holocauste de sa chair crucifiée. Ce Roi-Berger est donc aussi Prêtre et Prophète des temps nouveaux, au cours desquels l’humanité réconciliée aura à nouveau « accès auprès du Père, dans un seul Esprit ». L’Evangile nous montre ce Bon-Berger à l’œuvre ; ce n’est décidément pas un mercenaire ni un fonctionnaire : c’est mû par la compassion qu’il « se met à les instruire longuement ». La Parole de Jésus n’est pas qu’un simple transfert d’information : elle rassure les apeurés, réconforte les accablés ; elle nourrit les affamés et abreuve les assoiffés ; à chacun elle prodigue ce dont il a besoin pour reprendre et poursuivre sa route dans la paix et l’espérance.
Actualisation
Au départ la petite excursion improvisée sur le lac devait se terminer pour les Apôtres par un temps de repos avec le Maître au terme de leur première mission. L’insistance de la foule va en décider autrement : à travers cet épisode, les apôtres vont comprendre que désormais leurs propres désirs devaient passer au second rang. Ils commencent à découvrir que suivre le Christ c’est renoncer à soi pour devenir serviteur des autres ; et ne chercher le repos que dans ce service désintéressé. Leur propre mission va même trouver dans ce rassemblement imprévu son accomplissement, puisqu’il va déboucher sur la multiplication des pains, préfiguration de l’Eucharistie. L’annonce du Royaume a atteint son but lorsqu’elle conduit ceux qui l’accueillent à la Table où Dieu se donne en nourriture. « Alors il se mit à les instruire longuement » : cet enseignement substantiel fait office de liturgie de la Parole dans cette anticipation symbolique du repas eucharistique. Certes les disciples ont dû renoncer au moment d’intimité avec le Maître qui leur a été « volé ». Mais la Parole de celui-ci ne les rassemble-t-elle pas dans une même communion de foi et d’espérance avec la foule ? Le pain partagé ne les unit-il pas en un même corps dans l’amour de charité ? Où donc pourrions-nous trouver le repos et refaire nos forces sinon dans l’Eucharistie où le Bon Berger nous nourrit de sa propre substance ?
Père Joseph-Marie