FIL ROUGE
Alors que les lectures de la liturgie de ce 33ème dimanche du Temps Ordinaire accumulent les prophéties catastrophiques, l’antienne d’ouverture tranche par sa sérénité : « Mes pensées, dit le Seigneur Dieu, sont des pensées de paix et non pas de malheur. Appelez-moi, je vous écouterai et, de partout, je vous rassemblerai » (Jr 29, 11-14).
Ce n’est donc pas Dieu qui déchaîne le malheur sur terre mais c’est l’homme qui se laisse entraîner dans la spirale infernale de la violence et qui en récolte les fruits. Le feu « brûlant comme une fournaise » qui consume les arrogants et les impies, est celui de la haine qu’ils ont eux-mêmes allumée et qui les détruira. « Mais pour vous qui craignez mon Nom, ajoute le Seigneur, le soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement » (1ère lect.). Cela ne signifie pas que les croyants se tiennent à l’écart de leurs concitoyens - saint Paul dans la deuxième lecture récuse fermement toute forme d’oisiveté - ni même que le Seigneur préserve les siens de la tourmente : l’Évangile vient démentir fermement un tel espoir. Au cœur des conflits de ce monde, les chrétiens seront tout au contraire l’objet d’une haine particulière de la part des violents, en raison des valeurs évangéliques de justice et de paix dont ils témoignent et qu’ils défendent. Jésus ne cache pas la dureté du chemin : l’obéissance à la Parole de vérité sera cause de division au sein des familles et entre amis. Mais le Seigneur se fera proche de ceux qui restent fidèles jusqu’au cœur même de la contradiction : il leur inspirera lui-même un langage et une sagesse qui confondront leurs adversaires. Ils seront détestés de tous, mais Dieu tiendra le décompte de chacun des cheveux qui leur seront arrachés. Aussi peuvent-ils attendre sereinement la venue du Seigneur : débordants de joie ils pourront « acclamer le roi, le Seigneur, quand il viendra pour gouverner la terre, pour gouverner le monde avec justice, et les peuples avec droiture » (Ps 97).
ACTUALISATION
Notre monde vit dans la peur : peur de l’extension incontrôlable du conflit en Irak ou en Palestine ; peur d’une recrudescence du terrorisme ; peur d’un clash économique ; peur d’une catastrophe écologique. Bref : peur de l’avenir. Certes la plupart de ces craintes sont fondées, et il serait asocial de se soustraire à l’appréhension justifiée devant les sombres nuages qui se profilent à l’horizon. Pourtant le chrétien ne saurait céder à la « sinistrose collective », qui étouffe l’espérance et paralyse les bonnes volontés. Il ne tend pas pour autant l’oreille aux prophètes apocalyptiques, qui divulguent de soi-disant révélations concernant le retour éminent du Seigneur. Le croyant sait - parce que son Seigneur l’a annoncé - que le temps de l’Église est un temps de persécution, au cœur d’un monde qui ne parvient pas à maîtriser sa soif de puissance, ni à canaliser sa violence. La douceur et l’humilité de l’Agneau ne peuvent en effet que susciter des réactions d’hostilité et de rejet, car la logique de l’amour est incompatible avec celle de l’avoir, du pouvoir et de la gloire terrestre.
Aussi la Parole de ce jour nous invite-t-elle à vérifier nos appartenances, afin d’éradiquer nos compromissions et de choisir fermement l’étendard du Seigneur Jésus. Car « c’est par notre persévérance que nous obtiendrons la vie ».
Père Joseph-Marie