Fil rouge
Nous pouvons percevoir dans les textes de ce 5ème dimanche du temps pascal une invitation à fortifier notre union avec notre Seigneur Jésus Christ mort et ressuscité pour nous, union dont la qualité et la profondeur apparaîtront au travers des fruits que nous porterons dans nos paroles ou nos actes.
La première lecture nous présente Paul qui raconte aux apôtres le récit de sa conversion. L’expérience unitive qu’il a faite du Seigneur sur le chemin de Damas l’a conduit à une lecture renouvelée de l’Ecriture qui lui a fait découvrir en elle le plan de salut de Dieu. Désormais, il n’a pas d’autre désir que de prêcher le Christ et ce, malgré les menaces de mort qui pèsent sur lui de la part des juifs de langue grecque.
Dans la deuxième lecture, saint Jean continue son exposé sur la vérité du christianisme face à ce grand ennemi qu’est la gnose. Saint Jean nous ramène ici à un argument : l’amour ne se démontre pas par de belles paroles ou par des illuminations spéciales comme le prétendent les gnostiques mais par les œuvres de charité : « Nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. En agissant ainsi, nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu nous aurons le cœur en paix ».
On ne peut séparer la foi et la charité. Pour celui qui demeure uni au Christ, les deux vont de pair, s’entraînant et se nourrissant l’une l’autre. Jésus, lui-même, illustre cela pour nous dans l’évangile à travers la parabole de la vigne et des sarments. Seuls les sarments unis à la vigne véritable qu’est le Christ peuvent porter un fruit de charité.
Actualisation
Une tentation forte durant le parcours d’une vie est la fatigue de s’être adonné pendant un certains temps à faire le bien autour de soi, fatigue traduisant une certaine désillusion face à un résultat peu conséquent en comparaison du combat mené. On en vient alors à abandonner ses grands idéaux et ses projets ambitieux. C’est une sorte de fatigue qui peut conduire au bout du compte à une certaine paresse et une stérilité de l’âme qui a fini par se replier sur elle-même.
Comment éviter cela ? En renouvelant chaque jour son engagement à porter du fruit en demeurant, comme le sarment, bien uni à la vigne qu’est le Christ. Seul Jésus peut nous donner la persévérance sur le chemin du don de nous-mêmes. Il nous faut ici apprendre à compter sur Celui qui est le roc de nos vies et à nous appuyer sur lui. Jésus, lui-même, nous met en garde : « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ». Solidement attaché au Christ, ne faisant plus qu’un avec lui, nous serons pénétrés tout entier de sa vie, animés de ses pensées. Nous ne pourrons donc désirer que ce qu’il désire. Voilà pourquoi nous nous verrons alors accorder tout ce que nous aurons pu demander !
Mais si Jésus nous invite, comme ses disciples, à demeurer en lui ce n’est pas simplement pour nous préserver de notre infidélité ou pour nous rappeler que c’est là l’unique condition pour porter du fruit. C’est aussi pour nous faire comprendre que c’est grâce à nous qu’il peut se rendre concrètement présent aux hommes. Le sens de l’existence du disciple n’est-ce pas de permettre au Christ, en qui il demeure, de se faire tout à tous ? N’est-ce pas une belle manière de porter du fruit que de permettre cette rencontre entre notre Seigneur et les âmes vers lesquelles il nous envoie. Mère Térésa de Calcutta, elle qui était au service des plus pauvres parmi les pauvres, disait : « le service le plus grand que l’on puisse rendre à quelqu’un est de le conduire à connaître Jésus afin qu’il l’écoute et le suive, parce que seul Jésus peut répondre à la soif de bonheur du cœur humain pour lequel il a été créé. »
Fr. Elie