Fil rouge
« Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique ». Cette promesse est incontestablement au cœur de la première lecture. La Parole de Dieu est cœur de l’alliance scellée, dans la lettre et dans le sang, avec l’humanité. La bonne manière de l’écouter est de la mettre en pratique. Moïse écrit les paroles et répand le sang pour que les paroles se transmettent et pour qu’on se rappelle qu’elles sont source de vie. Ce ne sont donc pas des prêtres mais de jeunes hommes qui officient.
Un lien indissoluble existe entre Dieu qui s’engage dans sa Parole et son peuple, qui s’engage dans l’agir. Ce lien est celui de la vie, celle que Dieu propose et révèle, celle que son peuple accepte. Au pied du Sinaï, Moïse s’adresse à un peuple libre, qui choisit la Loi qui structurera sa vie.
La promesse d’obéissance du peuple, la parole qu’il donne est donc une réponse libre à une initiative d’amour de Dieu. Cette réponse s’exprime aussi dans le psaume : « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ? J'élèverai la coupe du salut ». Elle est une expression d’action de grâce, un geste de remerciement et une promesse de fidélité au don reçu. La première obéissance à la Loi d’amour est donc dans la louange de la source de cet amour.
Mais, dans le don de la Loi ou l’exécution du sacrifice d’action de grâce, il a toujours fallu un intermédiaire aux hommes pour aborder Dieu. Parce que la distance entre Dieu et les hommes est telle qu’elle leur est infranchissable. Il convient donc d’ériger un temple, lieu choisi et préparé pour la rencontre, de mettre à part un prêtre, séparé des siens pour tous les unir en Dieu. Or Dieu, pour cette alliance dont il a l’initiative, propose aussi le prêtre pour le sacrifice : « le Christ est le grand prêtre du bonheur qui vient ».
Mais l’offrande n’est plus extérieure. Il s’agit d’un culte en esprit et vérité : « Jésus s'est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache ; et son sang purifiera notre conscience des actes qui mènent à la mort ». L’homme a failli à sa promesse, Dieu lui-même se montre fidèle et le restaure, le ramène à la source de vie qu’il avait délaissée. La pâque de Jésus est donc son propre sacrifice, le sang qui sera versé est le sien : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude ».
Ainsi Jésus s’abandonne-t-il aux hommes : « Prenez, ceci est mon corps ». En prenant un pain azyme, il montre qu’il nous ouvre un chemin de liberté, la liberté d’être homme, débarrassé du levain de notre péché. Il est, lui, l’homme nouveau, qui nous revêt de l’humanité nouvelle.
Actualisation
Un des aspects les plus touchant du mystère eucharistique est sans doute l’extrême humilité de Dieu. Le don total qu’il fait de lui-même est un abandon bouleversant et une invitation déroutante. Dieu se livre, il donne son corps et son sang entre nos mains. Dieu nous invite à participer à cette œuvre de miséricorde. Car le corps et le sang du sacrifice sont aussi le « fruit de la terre et du travail des hommes ». Dieu ne vient pas à nous « en sauveur », comme dit le langage courant pour désigner ceux qui excluent les autres sous prétexte qu’ils seraient les seuls à être capables. Dieu vient nous sauver en nous tendant la main. L’alliance que nous avons rompue seuls, Jésus nous propose de la refonder ensemble, par son obéissance et la force de son amour. Que l’Esprit nous donne de savoir nous approcher dignement du « pain des forts » et de le laisser porter en nous tous les fruits de résurrection que le monde attend.
Fr. Dominique