Jésus ne peut se satisfaire, comme le lui demande la foule, d’imposer les mains à distance et en silence à ce sourd-muet. Au contraire, il le touche, le rejoint jusque dans ses organes blessés et lui adresse cette parole : « Ephatha, ouvre toi ! » Par cette proximité et cette relation profondément humaine que Jésus établit avec le malade, ce miracle a quelque chose d’émouvant. En touchant sa langue avec sa salive et en lui mettant les doigts dans les oreilles, Jésus reprend les gestes des thaumaturges de l’époque et vient comme le rassurer face à son intervention. Cependant, ce ne sont pas les gestes de Jésus qui guérissent. C’est sa Parole. D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ! N’est-il pas, lui, Jésus, la Parole vivante faite chair, prononcée par le Père avant les siècles ? Devant cet homme paralysé par le mutisme et la surdité, devant l’homme défiguré par les conséquences du péché, comment Jésus pourrait-il se taire ! Levant les yeux vers le ciel en signe de prière au Père et dans un gémissement qui exprime son bouleversement intérieur, le Fils vient alors régénérer dans sa dignité celui que le Père avait créé par lui à l’aube des temps.
Frère Elie