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Pentecôte

dimanche 23 mai 2010

Famille de Saint Joseph
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Aux apôtres barricadés dans le cénacle, le Ressuscité était venu apporter sa paix, premier fruit de l’amour inouï de notre Seigneur Jésus. Mais il ne comptait pas en rester là. Vaincre notre Ennemi, nous libérer de notre esclavage, ne lui suffit pas. Il veut encore nous transformer de l’intérieur, nous renouveler, nous recréer. Mystère inconcevable pour ses créatures, il veut nous diviniser, nous introduire au cœur de la vie divine. Il le veut, et il le fait.

Ainsi, la merveille que Dieu opère en ce jour n’est pas de faire entendre le message des apôtres par les foules si diverses qui se pressaient à Jérusalem. La merveille que nous accueillons est une œuvre de recréation. Nous l’avons chanté dans le psaume : « Tu envoies ton souffle, ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre » ! Aujourd’hui, une humanité nouvelle se lève, définitivement rétablie dans sa dignité, revêtue de la gloire même de Dieu !

Avec le recul que nous avons sur l’ensemble de l’histoire du salut, c’est aujourd’hui facile à lire. Dès le commencement, Dieu avait le projet de nous établir dans son Alliance en tant que ses fils. Le livre des Actes des Apôtres veut le démontrer en inscrivant les événements de la pentecôte dans la continuité de toute l’histoire de l’Alliance. Le « feu », la « voix », et de nombreux indices textuels, font référence au don de la Loi fait à Moïse sur le Sinaï. Aujourd’hui, la Loi Nouvelle qui nous est donnée ne vient pas s’inscrire sur des tables de pierre, mais dans des cœurs de chair. Mais il s’agit bien d’une loi, d’une règle de conduite, que nous ne nous donnons pas à nous-mêmes : elle nous vient de notre maître et Seigneur.

Sur cette question, saint Paul est très ferme. L’Esprit qui nous est donné a sur nous une « emprise ». Le terme n’est pas neutre. L’Esprit Saint nous prend en main. Et le Seigneur compte bien que nous nous soumettions à cette loi nouvelle. Oubliée, la sagesse mondaine qui veut absolument qu’on essaie de louvoyer en ne s’engageant ni à droite ni à gauche, en ne s’opposant ni à l’un à ni à l’autre. Cette politique n’a d’autre ambition que de flatter notre désir d’autonomie. Mais il s’agit d’une pure utopie. Nous appartenons à Jésus-Christ car il nous racheté par son sang. Rejeter sa souveraineté, nous explique saint Paul, est se remettre sous l’emprise de la chair, c’est se révolter contre Dieu. Il n’y a donc pas d’alternative.

Cela est la vérité, et nous la connaissons déjà. Il ne faut pas attendre de l’Esprit Saint une nouveauté qui serait l’acquisition d’une science jusqu’alors inconnue. Mais, aujourd’hui, ce que nous connaissons déjà est éclairé d’une lumière nouvelle ; ce que nous savions de Dieu et de son projet sur nos vies, apparaît dans la bonté et la cohérence de son unité. Cette nouveauté vient de l’Esprit, qui nous conduit à la vérité, la vérité tout entière.

Notre condition, en effet, ne se résume pas à passer d’un esclavage à un autre, de l’esclavage de la chair à l’esclavage de l’Esprit. Jamais l’Esprit ne contraint notre volonté ; il la sollicite, il l’éduque, il l’oriente. Le Seigneur Jésus ne nous appelle pas ses serviteurs, mais ses amis. L’Esprit de vérité n’est pas un Esprit qui fait de nous des esclaves, mais des fils. Ce jour où Dieu nous donne d’entrer au cœur de la relation d’amour qui unit les personnes divines, l’Esprit sollicite notre libre engagement. Il attend de nous un acte de confiance et d’amour. Il attend qu’on lui laisse enfin les rênes de notre vie, il demande que nous nous laissions guider par lui.

La fête de la Pentecôte nous pose donc la question de notre engagement dans notre vie spirituelle… Allons-nous continuer à vivre comme si l’on pouvait s’installer sur cette terre, comme si notre vie allait durer des années encore ? Allons-nous continuer à prendre des décisions chaque jour comme si le Seigneur n’allait pas revenir très bientôt ? Allons-nous longtemps encore justifier nos tiédeurs et nos peurs sous prétexte de sagesse et de pondération ? Regardons les apôtres ! Ils sont déjà partis ! Un incendie embrase Jérusalem, demain il se répand jusqu’en Galilée, et bientôt dans le monde entier ! Il est temps pour nous de courir avec Pierre, Jacques, Jean et tous les autres, de courir la course de la sainteté ; il est temps de s’abandonner radicalement à la grâce qui nous pousse à annoncer les merveilles de Dieu.

Certes, cet abandon aussi sera l’œuvre de l’Esprit en nous. Laissons-nous donc saisir par la grâce de la pentecôte, grâce d’humilité, de véritable crainte de Dieu et de courage généreux. Ne laissons désormais aucun intérêt supprimer, en raison de notre indolence, les exigences de la justice ; ne supportons qu’aucun calcul, qu’aucun égoïsme, ne réduise les espaces immenses de la charité. En ce jour, il nous est donné de renaître, il nous est donné que tout soit grand en nous, grand comme Dieu lui-même ! Laissons la recherche et le culte de la vérité prendre toute leur envergure en nous. Ne réprimons pas la promptitude au sacrifice jusqu’à la croix, que l’Esprit suscite dans nos âmes. Ce jour est grand, ce jour est beau, parce que tout peut enfin correspondre à la prière que le Fils adresse au Père céleste, parce que l’effusion de l’Esprit sur le monde et dans nos cœurs vient renouveler la face de la Terre.

Frères et sœurs, aujourd’hui, dans l’Esprit, donnons à Dieu la joie qui le comble au-delà de toute mesure, la seule joie qu’il espère de nous : abandonnons-nous, dans la confiance, à son action créatrice et adressons-lui, dans la simplicité, les deux mots de notre action de grâce et de notre amour : « Abba, Père ».
Frère Dominique
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